Allaitement et grossesse·Tranche de vie

Comment Pokémon Go m’a aidé à accoucher

pokemon-go

 

Je l’avoue sans honte, à 31 ans passé, je reste une fan inconditionnelle de la licence Pokémon.
Et l’on peut même considérer que c’est grâce aux 151 bestioles de la première génération, sur Pokémon Go, que Bébé Gluon est née un peu plus vite que prévu !

En 1999, année de la sortie du premier jeu Pokémon en France, j’avais 14 ans et je regardais d’un œil distrait mon petit frère jouer à la version Bleue sur MA Game Boy (je lui avais royalement accordé l’usufruit de la console, en échange d’un approvisionnement régulier en piles). Et puis, en me penchant de plus près sur le jeu, je suis devenue accro… Bleu, Argent, Cristal, Saphir, Vert Feuille, Argent SoulSilver, Noir, Blanc 2, Y, Saphir Alpha, et Soleil, quelques Pokémon Donjon Mystère pour faire bonne mesure… on peut dire que j’ai grandi avec Pokémon. Bon, il est un peu loin le temps où j’étais capable de tous les réciter par cœur, étant donné qu’il y a maintenant plus de 800 Pokémon capturables, mais je continue à suivre. Inutile de dire donc que lorsque la fameuse application Pokémon Go est sortie sur smartphone, j’étais parmi les premières à la télécharger !

Le principe est très simple : vous lancez l’application, la carte de l’endroit où vous vous trouvez s’affiche, et en marchant vous débusquez des Pokémon, que vous pouvez capturer en lançant des pokéballs. Pokéballs que vous aurez au préalable récolté dans les Pokéstops disséminés sur la carte (et qui correspondent aux principaux « points d’intérêts » du secteur : une église, une plaque commémorative, une station de RER…)

Cependant, j’étais déjà bien enceinte quand l’application est sortie, et handicapée par de fortes douleurs ligamentaires, je n’ai pas tellement profité du jeu. Impossible en effet de marcher plus de quelques mètres à tel point que sur la fin de mon congé maternité, mon mari continuait de déposer Petit Quark à la crèche le matin, et j’avais réquisitionné (moyennant finances rassurez-vous, je ne suis pas un monstre !) mes deux jeunes voisins du dessus pour me le ramener. Moi qui imaginai passer les mois d’été entre la piscine et les musées, et récupérer mon fils tôt pour pouvoir aller goûter au parc… c’était assez loupé.
Pour vous donner une idée, rien que de bouger mon bassin durant mon sommeil me réveillait, tellement les douleurs étaient intenses. Mais bon hein, comme le disait ma gynécologue : « le seul remède, c’est l’accouchement ! ». Par conséquent, je prenais mon mal en patience, évitant au maximum de me gaver d’anti-douleurs.

Pour Petit Quark j’avais dépassé le terme de 3 jours lorsqu’il est né, après un déclenchement. Donc je n’étais pas vraiment paniquée à l’idée d’accoucher avant le terme fin juillet.  Mais quand même… les contractions là, 5 jours avant la date prévue, ne serait-ce pas… ? Bon, pas d’affolement, cela n’indique pas forcement le début du travail, et les sages-femmes qui m’ont préparé à l’accouchement (oui j’ai séché les cours de préparation à l’accouchement pour ma première grossesse, donc je me suis rattrapé pour la deuxième. Normal.) m’ont bien dit que c’était surtout en cas de saignements qu’on devait filer à l’hôpital.

Je suis donc rentrée dans ma douche. Quand j’ai vu que l’eau devenait rougeatre, je me suis dit que ce serait finalement une très bonne idée d’aller faire un petit coucou aux urgences gynécologiques de l’hôpital de ma ville (celui où je comptais accoucher de toute manière).

Un Doliprane dose maximale et mes chaussures attachées aux prix de maintes contorsions (celles qui ne voient plus leurs pieds depuis quelques semaines savent), je prends mon sac d’accouchement, et hop, me voilà dans la rue. Bon je douille pour marcher, mais le bus est dans tellement longtemps… et, un peu stressée quand même, je me ferais bien une petite session de Pokémon Go, histoire de me changer les idées… Histoire de ne pas penser à tout ce qui pourrait mal se passer, pour le bébé et pour moi. Papa-pas-BCBG est au travail, Petit Quark est chez mes parents, je me lance toute seule dans la fraîcheur du matin, et capture les Pokémon à tout va jusqu’à l’hôpital, situé à environ 1 km de chez moi.

Dans la salle d’attente je rigole doucement. Le couple de futurs parents à côté de moi se chamaille gentiment. Lui a trouvé un Pikachu juste avant de rentrer dans l’hôpital, et elle voudrait qu’il redescende avec son téléphone à elle, voir s’il ne pourrait pas le lui capturer. « Il est trop mignon » me dit-elle. Impossible de savoir si elle parle de la souris électrique ou de son compagnon, finalement parti lui attraper.

La sage-femme qui me reçoit est charmante. Elle m’ausculte gentiment, me demandant la permission à chaque fois avant de me toucher, m’expliquant ses gestes… Pas d’inquiétudes finalement, les saignements sont juste dus à la perte du bouchon muqueux. Après un monitoring de contrôle elle m’indique que les contractions sont trop faibles pour que l’on puisse dire s’il s’agit d’un début de travail, et me propose de rentrer chez moi. Je suis un peu déçue : j’ai atteint le cap psychologique de la fin de grossesse. Mais si vous savez bien, quand on passe de « je ne veux pas accoucher, je ne veux pas accoucher, je ne veux même pas y penser !» à « j’en ai tellement marre, je m’en fiche d’accoucher, si c’est le seul moyen de le faire sortiiiiiiir !!!!! » (Spoil: en général, il s’agit bien effectivement du seul moyen de le faire sortir.)

Elle me propose de rompre la poche des eaux pour accélérer le processus, mais je refuse. J’aimerai un accouchement plus naturel que pour Petit Quark où j’avais eu la version intégrale de l’accouchement médicalisé (déclenchement, ocytocine à fond les ballons, menaces de césarienne, rupture de la poche des eaux à la barbare, péridurale, menace de césarienne bis, épisio, forceps…)
Par conséquent, elle me suggère d’aller marcher une heure et de revenir la voir. Je laisse donc mon sac d’accouchement dans son bureau et me voilà partie en me dandinant faire un petit tour en centre-ville.

Je lance Pokémon Go et, clopin-clopant, je dévalise les Pokéstops des environs et capture littéralement tout ce qui bouge. En fait, je me rends compte que, concentrée sur mon écran, la douleur est moins difficile à supporter. Et…la motivation pour bouger est là : je tourne dans un parc un bon quart d’heure pour capturer le Bulbizarre que je vois sur mon radar, je souris à un papa et son fils qui capturent un Roucool près d’une fontaine, je croise trois jeunes très organisés qui quadrillent une allée… Je ne vois pas le temps passer !

Au bout d’une heure je retourne faire le point avec la sage-femme. Monitoring, examen… le bébé est descendu, les contractions se sont intensifiées mais… ce n’est pas encore ça. Je suis dépitée.

« Continuez à marcher. Il est midi, revenez vers 15h, nous referons le point.»

Et me revoilà dans la rue. Je redémarre péniblement, mon téléphone toujours allumé, j’explore, j’attrape, je grimpe, je lance des pokéballs, je déambule et complète mon pokédex en faisant abstraction de mes ligaments qui crient grâce, et des contractions qui commencent (enfin !) à devenir douloureuses. L’attente de l’accouchement est peut-être une des seules situations où la venue de la douleur est vécue comme un signe positif.

Ma meilleure amie me rejoint pour le déjeuner. Nous nous affalons pour le clin d’œil au Mc Do de ma ville : Pour Petit Quark déjà, nous avions partagé frites et hamburger quelques heures avant la naissance. Et puis c’est climatisé.

Nous repartons, marchant de concert. Elle télécharge le jeu pour ne pas me laisser attraper toute seule, tous les Pokémon du coin

Retour à la case sage-femme et monitoring. Nous en profitons pour recharger nos smartphones qui n’en peuvent plus.

« Ça avance, c’est presque ça. Encore une petite promenade, normalement cela devrait être bon.»

Cela devient plus dur. Je suis obligée de m’arrêter de marcher pour laisser passer les contractions. Direction la maison, pour une bonne douche bien méritée. Le trajet en sens inverse pour rejoindre l’hôpital est émaillé d’arrêts contractions, et d’arrêts Pokémon.

19h. La sage-femme (toujours la même, mais quel genre d’horaires fait-elle ?!?) me déclare officiellement en travail, on ne me laisse pas repartir. Papa-pas-BCBG arrive de sa journée de boulot, après un petit arrêt à l’appartement pour récupérer la valise pour le séjour à la maternité. Nous allons au comptoir des admissions le cœur battant : ce soir nous tiendrons notre enfant dans nos bras !

Je ne sais pas si arpenter la ville comme je l’ai fait a vraiment accéléré le processus, ou si en restant tranquillement à la maison je me serais retrouvée au même point le soir venu. Mais j’ai passé ma journée à marcher, prendre l’air, visiter ma ville, fais éclore des œufs, croisé des gens en chasse comme moi, partagé un repas avec une amie, plaisanté et échangé avec les secrétaires médicales et des patients au sujet de ce jeu si à la mode, plutôt que de rester recroquevillée d’appréhension seule chez moi, à sentir la moindre contraction et à laisser mon esprit s’emballer… Alors je ne regrette pas une seule seconde de m’être changé un bon coup les idées avant de me rencentrer sur l’arrivée imminente du bébé.

Il est 20h. Je rentre en salle de naissance rencontrer le dernier Pokémon de la journée :

Ma fille.

3 réflexions au sujet de « Comment Pokémon Go m’a aidé à accoucher »

Va ! Commente hardiment !!!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s