Je ne suis pas une mauvaise mère mais...

Burn out

Burn out maternel

Le 25 juillet dernier, ma fille a eu un an.

Je n’ai pas été capable d’en parler ici, ni sur les réseaux sociaux.
Une partie de moi avait envie de revenir tendrement sur cette année passée à la découvrir, à m’émerveiller de tout ce qu’elle est, de tout ce que je devine déjà d’elle, des ressemblances et des différences que je constate avec son grand-frère mais…

Une autre partie de moi n’a pas pu s’en réjouir.

Pour être honnête, je sais que si je n’ai pas réussi à fêter cet anniversaire, c’est que cela me renvoyait immanquablement au vœu que je formais à sa naissance.
Je me revois à la maternité, en train de contempler son petit visage tout fripé rond, ses fins cheveux et ses grands yeux noirs… heureuse et un peu inquiète aussi de cette nouvelle vie à quatre… je me suis promis en mon fort intérieur « Cela va être une année marathon, mais dans un an, ça ira mieux. Le plus dur serait fait et tout sera plus facile.« 

Naïve.

Mon année marathon, je l’ai eu.
Je crois qu’en regardant les 12 derniers mois, je peux même assurer que je viens de passer la pire année de ma vie.
Je sais également que je suis incapable de revivre une année comme ça. Ni même un mois de plus. Même une semaine me semble insurmontable. Je suis usée, fatiguée, étirée comme du beurre sur une tartine trop longue (je vous laisse retrouver la référence 😉 )

C’est difficile à admettre, c’est dur à dire et sûrement horrible à lire… (pardon)

D’ailleurs, pour l’écrire ici, il me faut me forcer à reconnaître que je ne suis pas une wonder mum, jonglant d’une main de maître entre des ateliers Montessori DIY, la charge de travail de mon boulot (parce qu’un temps partiel à 80%, rappelons le, c’est quand même le travail du 100%, mais avec des sous et du temps en moins pour le faire), ma vie de couple et ma féminité qu’il est bon ton de ne pas oublier. Car oui, enchaîner des journées de 15 heures n’est visiblement pas une excuse pour laisser sa pilosité en jachère ou oublier de se maquiller si l’on en croit nos amis les magasines féminins…

Bref, même si j’ai abandonné la tentation d’être parfaite il y a bien longtemps, ce n’est pas un constat facile.
Admettre que cela n’allait pas, que je ne m’en sortais pas m’a pris du temps.

Au début, je répondais pudiquement, aux gens qui me demandaient comment se passait le quotidien avec deux petits en bas âge, un job prenant et des transports quotidiens de plus de deux heures, que ce n’était « pas évident en ce moment« .
Pudiquement, car bien sûr, je suis tout à fait consciente de l’immense chance que j’ai de n’avoir pas galéré, comme tant de parents, pour avoir mes deux petites têtes brunes. Parce que j’ai la chance d’avoir un travail intéressant qui me permet de gagner ma vie, alors que tant de gens sont au chômage, ou que tant de mamans peinent à (re)trouver un boulot. Parce que j’ai la chance d’avoir deux enfants en bonne santé. Parce que j’ai la chance d’avoir un mari que j’aime, qui m’aime et qui s’implique. Parce que, vous allez me détester, j’ai même eu la f*cking chance d’avoir non pas une, mais DEUX place en crèche pour mes petits…

Aucune raison de me plaindre quoi.

Et puis le moment « pas évident » s’est étiré sur des semaines, puis des mois, puis sur toute l’année.
J’ai dû arrêter de me mentir à moi-même. Et aux autres.
Non ça n’allait pas.
Non ça ne va pas. Du tout.
J’adore mon fils, je ne voudrais pas d’un autre enfant que ma fille, mais c’est juste… trop pour moi. Peut être que je me noie dans un verre d’eau, mais j’ai atteint mes limites.

Je n’en peux plus de ces centaines de nuits hachées menu menu. Des réveils aléatoires, jamais synchronisés. Des nuits que la petite arrête d’un coup de « faire » sans raison apparente, en reprenant un rythme de deux à trois réveils pendant des mois et qui surtout ne veux plus, du jour au lendemain, se rendormir seule….
J’ai passé des heures accroupie dans le noir à caresser sa petite tête bouclée, à l’entendre respirer paisiblement et à la voir se réveiller à peine un pas esquissé en direction de la porte. Et quand par miracle elle dort d’une traite, c’est mon grand qui prend le relais. La fatigue est devenue pour moi comme un filtre instagram un peu buggé, qui floute toute ma vie en teinte fades et grises, de manière permanente. Je ne me souviens pas d’un moment où je me sois sentie sereine, posée et reposée depuis… genre quoi ? Le début de ma grossesse, il y a… presque deux ans ? Ou bien avant ?!? Je ne sais même plus quel effet cela fait de se réveiller parce qu’on a assez dormi. Je ne savais pas que somnoler seulement quatre à cinq heures par nuit, durant des semaines, était possible.

Je suis usée des sollicitations de mes enfants. J’ai encaissé durant des mois, aujourd’hui je touche le fond de mon réservoir de patience, et je les vis comme des agressions. Avec une grande découverte au passage, mesdames et messieurs : bien qu’absolument convaincue que l’éducation dite « bienveillante » est vraiment ce qu’il y a de plus bénéfique pour nos petits, je me rends compte, en toute humilité, que je suis incapable d’appliquer le quart de la moitié de ce qu’il faudrait lorsque mes besoins primaires ne sont pas un minimum comblés.
C’est absolument contre-productif, mais si vous me rationnez en sommeil deux trimestre d’affilé, que vous me collez une charge de boulot démentielle, que vous m’empêchez de manger car c’est l’heure du repas des enfants et que bien sûr, ils hurlent en MÊME temps, que vous ne me laissez même pas 30 secondes pour aller aux toilettes sans cris et tambourinage intempestif sur la porte des W.C, et que vous saupoudrez tout cela de pleurnichements et geignements stridents (mes enfants grincent comme de petites crécelles lorsqu’ils sont contrariés) eh bien c’est simple… je me transforme en mégère pas apprivoisée, qui hurle en tapant dans les coussins (parce que, vraiment, c’est limite et que ce n’est pas le coussin qu’elle a envie d’assommer, mais plutôt le grand qui vient de réveiller la petite avec un énième caprice à la noix)
Et qui finit par pleurer qu’elle voudrait juste qu’on lui fiche la paix et colle sa marmaille devant un épisode de My Little Pony en culpabilisant bien entendu de le faire.

Mais surtout, surtout, ce qui m’use le plus, c’est cette sensation de ne jamais avoir de temps pour moi ou pour les choses que j’aime. De ne voir ma vie que comme une suite ininterrompue de corvées. De 6h30 à 21 h, ne pas pouvoir me poser une minute, entre le RER, le boulot, la crèche, les bains, les machines à vider, les pyjamas à enfiler, les pleurs, les câlins à donner, les démarches administratives à faire, le coucher à gérer, les réveils de la nuit à supporter….
Sans parler des milliers de trucs auxquels il faut penser, qu’il faut anticiper, cette fameuse charge mentale… modes de garde, inscription à l’école, stocks de vêtements, vacances, suivi médical, relances à la CAF, courses à prévoir…

J’arrive parfois à laisser de côté ce qui me mine pour me concentrer sur les bons moments (car il y en a. Bien sûr qu’il y en a) et à les garder dans ma mémoire, mais j’ai trop souvent l’impression que ce ne sont que des parenthèses, des exceptions. Même si je crois dur comme fer que je retiendrais surtout de la petite enfance de mes enfants les sourires, la petite main de mon fils qui se glisse dans la mienne, le rire de ma fille, les histoires du soir…. je vois bien que plus le temps file, plus il m’est difficile de profiter de ces instants, tant le quotidien est infernal.

Alors, oui, je sais que ce n’est qu’une période, qui finira par passer.
Mais cela fait trop longtemps que je m’accroche à cette idée. Je suis fatiguée. Épuisée même. Ce n’est pas comme cela que je voyais ma vie. Attendre, serrer les dents, rentrer le cou ? Alors que je suis raide dingue de mes enfants, ne pas avoir la force ni l’envie certains soirs de leur faire un simple câlin ? Sentir, lorsque la colère monte, que je suis vraiment à deux doigts de frapper mon fils, de secouer ma fille comme un prunier, alors même que je sais que cela ne sert à rien, que cela est mauvais, mais que, bon sang ! qu’est-ce que cela me ferait du bien de me défouler sur eux, de les faire taire enfin ?!
Ce n’est pas ce que je veux. Mes tripes me disent que ce n’est pas comme cela que c’est censé se passer.
Avoir des enfants ne devrait pas être si compliqué !
Je pensais qu’en travaillant dur, tout le temps, je méritais au moins d’en profiter un peu.

.

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Je suis quelqu’un d’assez rationnel au naturel. (Pensez donc, j’ai même fait une liste des « pour » et des « contre » avant de savoir si je devais accepter d’épouser Papa-pas-BCBG !! Pas romantique pour un sou la minette 😉 )
Donc bien entendu, je cherche à améliorer la situation, à changer les données du problème, car je ne me fais aucune illusion :
je vais droit dans le mur à ce rythme.
Nous allons droit dans le mur.

Après plusieurs semaines et même si cela n’a pas été évident de se dégager du temps pour chercher un nouveau travail, envoyer des candidatures, passer des entretiens, encaisser les réponses négatives… je viens de trouver un nouveau job 😀 Démarrage au premier novembre ! Un peu plus près de chez moi, dans un tout nouvel environement… C’est un gros challenge, car je ne possède pas toutes les compétences requises (promis je n’ai pas pipoté mon CV hein !! Enfin pas trop quoi…), mais pour la première fois depuis des mois, je me sens enthousiaste en pensant à ce que je vais faire !

A la rentrée, nous essayerons de prendre une baby-sitter pour s’occuper au moins deux soirs par semaine des sorties d’école/crèche, des bains, du dîner… pour pouvoir ne pas courir, rentrer sereinement du boulot. Et si ça passe financièrement, peut-être même une femme de ménage ?!?

Pour finir, nous venons de confier les deux petits à mes parents pour deux semaines. Cette semaine où je bosse encore (mais le soir, quand je rentre c’est la libertéééééé !!!), et une semaine où nous partirons en amoureux (à cette heure, nous ne savons pas encore où…. on est un peu à l’arrache 😉 )
Puis il y aura une semaine de vacances en famille, au bord de la mer.
Alors oui : sur mes deux semaines de vacances, je n’en passe qu’une seule avec mes enfants. Oui, je les « abandonne » deux semaines loin de moi, alors qu’ils sont encore si petits…

Mais c’est nécessaire. Vital même, si je dramatise un tantinet.
Je veux une « coupure« .
Je veux qu’ils me manquent. Recharger mes batteries, faire ce que j’aime, dormir, être égoïste, m’ennuyer même… Pour pouvoir attaquer l’année suivante requinquée.
Je veux être de nouveau motivée par ma vie professionnelle. Je veux pouvoir partir le soir, non pas parce que c’est l’heure et que sinon mes enfants finiront au poste de police, mais parce que j’aurai bouclé le dossier du jour. Parce que c’est un confort de partir du travail sans culpabiliser en pensant à tout ce qu’on n’a pas fini. Je veux pouvoir me libérer du ménage ET avoir une maison propre… et peut-être même du linge repassé (soyons fous !!)
Je veux retrouver du temps libre pour moi, pour ce que j’aime.
Pour ceux que j’aime.
Je veux juste retrouver le plaisir de passer du temps avec mes enfants. Sans avoir envie de m’enfuir et de disparaître loin d’eux.

Je suis sûrement une fichue d’égoïste, paresseuse, capricieuse et exigeante. Qui veut tout et son contraire. Je m’écoute sans doute trop. Ou alors pas assez, allez savoir, les deux versions sont valables.

Mais je veux que cela aille mieux.
Parce que je les aime moi, mes petits. À en crever.
Mais quitte à choisir, pas au sens littéral du terme.

*** *** ***

Voilà sûrement un des textes les plus personnel que j’ai écrit jusqu’à présent. À chaud, à l’instinct, quasiment d’une traite. Suis je la seule à me sentir au bout du rouleau ? Est ce que cela s’arrête un jour ? Quelqu’un d’autre a fait une liste pour savoir s’il devait épouser son conjoint ???!

106 réflexions au sujet de « Burn out »

  1. Bonjour Maman BCBG, piou, merci pour ce témoignage ! j’espère que tes nouveaux projets vont t’aider à avoir la vie plus légère. Très bonne idée la baby-sitter et le changement de job. Quand je vois ton rythme, je pense que peu de gens seraient capables de le tenir, ça ressemble surement à celui que j’aurais eu si j’étais encore dans mon ancien job en France avec des bouchons en voiture matins et soirs et 50h de boulot par semaine, inconcevable pour moi auj et encore je n’avais pas d’enfants ! petite question, comment ton mari vivait ces semaines, lui ?

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  2. Wow, j’ai tout lu d’une traite aussi. Je ne sais comment l’expliquer, je me suis sentie extrêmement touché par ton article. Le plus étonnant est que je suis célibataire et sans enfants. Sans doute que mon commentaire t’importe peu du coup. Mais j’ai trouvé bouleversant ton témoignage. Toi qui ne laisse rien paraître, qui dans tes dessins, ne nous donnent que de la joie, de l’amour, du rire, de la candeur. Je sens l’odeur de la cold cream mustella jusqu’ici quand je regarde des dessins.

    On sent bien que tu aimes tes enfants, il n’y a aucun doute là-dessus. Et toute la fatigue que tu subis, c’est pas étonnant qu’elle entache un peu les loyaux sentiments que tu éprouves pour tes chérubins. Un bon plat de pâtes, si tu le manges 4 mois d’affilé à tous les repas, paraît sans doute beaucoup moins bon. C’est comme ça, et si tu y ajoutes du stress de la journée, des collègues qui t’ont saoulé, ton conjoint qui manque de compassion, ta famille qui ne te comprend pas parce qu’elle pense que tout va bien, et tes enfants qui sont excités à 18h comme tous les soirs, c’est normal que ça te court sur le haricot, et les pâtes n’ont plus du tout le moindre goût.

    Je ne te juge pas du tout, et j’espère que personne ici le fera. A mon avis, tu as désamorçé beaucoup de bombes qu’aimeraient envoyer les mamans blogueuses, qui font toujours les belles en disant ma vie est géniale, j’ai le temps de m’occuper des petits, de faire des défilés dans les rues de Paris, pour prendre en photo mes fringues et même d’aller dans des spas et mes faire masser les pieds.

    J’aimerai te témoigner tout mon soutien, je suis bien sûre qu’il n’a pas grande épaisseur à tes yeux, mais crois-moi, je suis de tout coeur avec toi. je n’ai pas de solution miracle, je pense en effet que le seul moyen pour que tu sois plus décontractée et moins au fond du rouleau (contraction de deux expressions bien adaptées à ta situation), c’est de t’accorder du temps à toi. Tu te démerdes comme tu veux , demande à des amies de venir te donner un coup de main, une voisine, ou tes parents, pendant que toi, tu fais CE QUE TU VEUX EN SOLO.

    L’idée de la babysitter voire de la femme de ménage me parait déjà excellente. Courage ma grande !

    Ornella

    http://www.dansleshautesherbes.com

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